Cyriaque Paré

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1. Pouvez-vous vous présenter ?

Avignonnaise et enseignante mes études de géographe m’ont permis de pouvoir être utile sur le terrain du développement.

Des formations, des stages, une énorme dose de motivation et une équipe très dynamique me  permette d’être présidente d’un vrai  acteur du développement.

La démarche de co construction est le point clé de la base du projet. Nous avons tout décidé ensemble et à la suite des expertises réalisées sur le terrain.

 

Notre O.N.G. est constitué à part équitable de français, de  Burkinabè et de la  population via des responsables  locaux formés.

J’ai appris beaucoup de la part de mon coordinateur  Il  m’a permis  de mieux appréhender la culture de mieux comprendre, déconstruire certains apriori. 

Mon équipe est sur le terrain pour jouer un rôle d’accompagnement régulier.

 

Le dialogue  que nous avons entamé inclus les femmes des villages - qui sont souvent les grandes oubliées !

Elles ont souvent la charge de tout dans leur  village, même des gros travaux car beaucoup d’hommes sont partis travailler ailleurs.

 Elles ont choisi des représentantes qui ont suivi une première formation et qui sont devenus les porte-parole pour communiquer plus simplement avec nous.

 

Chacun  s’exprime il y a des réunions régulières, sur les sites ou via les réseaux.

Nos expertises de faisabilité sont expliquées, certaines propositions ont été abandonnées car elles n’étaient pas réalisables.

Nous intégrons également la population aux travaux.

 

Chacun peut suivre également des formations pour acquérir une autonomie, l’appropriation de toutes les étapes est vitale.

C’est leur projet de vie, pas le mien.

 

2. Que veut dire Tamounte ?

Cela signifie « ensemble » en berbère, nous avons choisi ce nom … tous ensemble. Nous le voulions à l’image de nos valeurs et de notre fonctionnement en gouvernance partagée. Chacun pose sa pierre même minime.

Nos valeurs se base sur ce sens premier de partage et d’humanisme.

J’ai toujours eu beaucoup de chance, de belles rencontres m’ont permis d’avancer et de faire avancer le programme actuel.

3. Depuis quand votre ONG a-t-elle été créée ?

 En 2004 pour collaborer avec un village marocain isolé à mettre en place un programme complet  pour y développer un pôle d ‘activité rurale.

Nous avons mis en place une vaste ferme et crée des emplois durables.

4. Qu'est-ce qui a motivé sa création ?

En 2004  j’ai donc eu envie de prendre le relais d’une ong qui partait  d’un village isolé.

Un coup de foudre pour ce tout petit village et la perspective  d’être en capacité d’aider à rendre un peu le monde meilleur. Très localement certes.

5. Dans quelles régions du Burkina et dans quels secteurs d'activités intervenez-vous ?

Nous sommes à Réo, que j’ai découvert à la suite d’un séjour personnel sur les pistes de la spiruline.

Un peu par hasard j’ai rencontré Mme Kando la personne qui gère le Centre de renutrition . Elle m’en a  expliqué le fonctionnement, les difficultés, la réalité  m’a sauté au visage très durement.

J’ai rencontré sans parole, avec une femme dont l’enfant était si petit. Elle l’avait sorti de ses châles, il tenait dans ses mains. 

Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, les échanges se sont faits en langue moré mais je voyais la détresse de cette femme, sa solitude  et la résignation  de la responsable Mme Zongo qui n’avait rien à offrir.

Le bébé n’a pas survécu.

Je suis mère, je me suis dit que je ne pouvais pas rester ainsi sans tout tenter.

C’est mon point de départ au BF.

 

Comment rester indifférente ? 

Je ne suis jamais sortie  indemne mes voyages, cela engendre une profonde remise en question.

Pour moi la raison première d’agir, c’est simplement l’aspect humain.

Après il y a bien évidemment des raisons plus générales mais qui ne concerne pas que moi, elles sont plus politiques au sens premier du mot.

Je n’avais pas réellement compris avant de voir.

Je devais agir, je en pouvais aps me contenter de rentrer chez moi ainsi.

 

6. Comment a évolué Tamounte ?

Doucement mais surement.

Nous avons beaucoup progressé grâce aux réseaux mis en place.

On avance assez bien en micro-projet cela fait 20 ans que je dirige cette structure que j’ai créé, je garde la flamme parce que au final nous avons toujours réussi à atteindre nos objectifs.

Par petits pas, mais durablement.

Une de mes activités principale est la recherche de fonds, c’est lourd mais nous avons un très bon dossier pro.

Je suis en permanence à la recherche e partenaire, et certain sont à nos côtés depuis longtemps car nos résultats sont solides, pérennes surtout.

Nos réalisations parlent pour nous.

7. Quelles sont principales réalisations ?

Nous sommes partis du constat que les CREN, les centres qui doivent accueillir les femmes et leurs enfants en situation de sous nutrition n’étaient que rarement en capacité de le faire.

Absence totale de fonds, de denrées, approvisionnement très aléatoire en lait infantile, en aliments thérapeutiques, désintérêt  des autorités de tutelles, désorganisation globale.

Le néant.

L’idée était de sortir un CREN, celui que je connaissais à Réo dans le Sanguiè, de toutes formes de dépendance à l’aide.

Les rendre aptes à aider leurs bénéficiaires  ET de faire en sorte que les femmes soient vite à leur tour indépendante.

Nous sommes parfois obligés de faire du « one shot « en lait et spiruline. Mais ce n’est pas le but.

Mettre sous perfusion de don est juste impossible, et ce n’est pas l’objectif.

Nous avons donc co construit ensemble un programme « ACRENA »  visant à créer 3 périmètres irrigués et donner aux femmes des lopins avec une solide formation en agroécologie.

Nous avons quasi fini avec deux des sites à Vuur et Bonyolo  au Burkina Faso, nous sommes parvenus à installer des  forages, des  châteaux d ‘eau et du  goutte à goutte.

La vie a changé radicalement.

En quelques mois les sourires se sont dessinés sur les visage et je l’ai constaté.

 

De voir leurs sourires, d’entendre l’eau couler est une joie inestimable pour mon équipe qui efface tous  les obstacles auxquels nous avons été confrontés.

Ainsi nous nous retirerons progressivement.

L’autonomisation  et la pérennisation sont en place.

 

8. Quels sont vos partenaires ?

Des fondations françaises essentiellement et depuis cette année des entreprises burkinabé nous rejoignent avec leur RSE Mabucig, ATS minings, Ecocert bientôt.

Nous venons de nouer un partenariat avec le Lion’s club Baobab de Koudougou, qui va être très important pour l’avenir.

9. Quelles sont les grosses difficultés que vous rencontrées ? 

Pour moi la première  est l’indifférence.

Beaucoup de gens vivent dans l’ombre, personne ne  s’intéresse à eux. Ils sont invisibles. Même les médias au fond ne s ‘y intéressent plus beaucoup.

La grand époque de la com’ sur l’Afrique pauvre est bien loin.

Les pays eux même ne veulent pas une publicité « négative ». On communique sur ce qui fonctionne et cela est normal.

Il est évident que lorsqu’on rencontre  une population  démunie, c’est extrêmement difficile car généralement on ne sait pas comment agir. On se sent un peu voyeur, le décalage est si grand. C’est  fréquemment un gouffre.

 

La deuxième est  le désintérêt de la  société moderne un vis-à-vis du monde

rural profond.

Ces  zones où on pense qu’il n’y a rien et pire on pense qu’il n’y a pas d’avenir.

Les gens ont perdu le sens de la réalité simple, y faire du développement parait incongru on me l’a dit. Les projets pharaoniques ou dans la tech   attirent plus les investisseurs ou donateurs – des fonds pour  un cybercafé sont  beaucoup plus facile à trouver que pour un forage.

 

 Le troisième  vient  paradoxalement des bénéficiaires  eux même :  les jeunes veulent quitter la campagne aller en ville. C’est plus moderne.

C’est normal mais c’est un mirage le plus souvent.

 Beaucoup de jeunes ne réalisent  que trop tard  qu’ils n’y auront rien. A Vuur les hommes sont dans les mines clandestines. Ils vivent dans la misère loin de chez eux  et les bras manquent dans leur village, cela a été un obstacle au développement de notre programme.

Le fond même de mon projet reste de redonner des lettres de noblesse à la terre.

Cela permet de  la terre, dans leur village avons réussi cela dans le projet au Maroc.

 

Le dernier obstacle et non des moindres est de trouver des fonds  en quantité suffisante et rapidement. Aller forer des puits au milieu de la brousse représente un risque c’est vrai, mais en même temps tout est possible. Cependant les  donateurs ne veulent pas toujours  prendre ce risque.

Nos deux premiers sites sont une vitrine, nous avons réussi, ça me donne de l’espoir et j’espère ainsi pouvoir déclencher plus facilement des financements pour le second village.

 

10. Quelles sont les perspectives de Tamounte ?

Nous voulons continuer en micro-projet, accompagner encore les bénéficiaires jusqu’à  une autonomisation durable.

À mon sens  les institutionnels, les structures  onusiennes  et traditionnelles devraient nous  faire la confiance. Les petits ONG  sont sur le  terrain et ont souvent une expertise fine. La taille de nos structures nous permet d‘être réactif, flexible.

Nous allons nouer d’autre partenariat notamment avec une grosse Ong qui finance en micro-projet.

Dans notre boite à idées il y a beaucoup de projet.

Nous n’abandonnerons pas malgré les nombreuses difficultés de terrain.

Le fait d’avoir été accrédité comme ONG officiel au Bf est pour nous  un grand pas.

 

 

 

 

 

 

 

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